« Je ne suis pas assez » : une croyance inscrite dans le corps
« Je ne suis pas assez. »
Pas assez compétente. Intéressante. Belle. Avancée. Pas assez…
Cette phrase peut sembler être une simple pensée négative. Pourtant, chez beaucoup de femmes, la croyance « je ne suis pas assez » est bien plus qu’une idée passagère. Elle est parfois installée comme un schéma profondément intégré : émotionnel, relationnel… et corporel.
Un schéma qui influence la manière dont nous nous percevons, dont nous entrons en relation avec les autres et dont nous nous mobilisons au quotidien. Car certaines croyances ne restent pas uniquement dans notre esprit. Elles s’inscrivent aussi dans notre manière d’habiter notre corps.
Comment la croyance « je ne suis pas assez » se construit-elle ?
La croyance « je ne suis pas assez » se construit parfois tôt dans la vie. Elle peut émerger à un moment où l’amour, l’attention ou l’acceptation ont semblé conditionnels. Lorsque nous apprenons, implicitement, qu’il faut faire quelque chose pour mériter notre place :être sage, réussir, ne pas déranger, répondre aux attentes, prendre soin des autres…
Petit à petit, le message intégré peut devenir :
« Pour être aimée, je dois faire plus. »
« Si je veux être acceptée, je dois être différente. »
« Pour avoir ma place, je dois prouver ma valeur. »
Bien sûr, chaque histoire est différente, mais ces schémas ne viennent pas uniquement de notre histoire personnelle. Ils sont aussi nourris par l’environnement dans lequel nous grandissons.
Une croyance aussi alimentée par notre culture
Nous vivons dans une société qui nous demande souvent d’être beaucoup de choses à la fois : être performante mais pas au point d’effacer les autres ; ambitieuse mais pas dérangeante ; douce mais pas effacée ; mince mais féminine, disponible mais tout en sachant prendre soin de soi !
Pour beaucoup de femmes, ces injonctions permanentes créent un bruit de fond intérieur, teinté de culpabilité :
Je pourrais faire mieux.
Je devrais être différente.
Je ne suis pas encore assez.
Cette croyance devient parfois si familière qu’on ne s’en aperçoit même pas.
Comment le sentiment de ne pas être assez se manifeste au quotidien
Lorsque nous portons la croyance « je ne suis pas assez », nous pouvons inconsciemment chercher à compenser, à démontrer, à prouver notre valeur, en espérant n atteindre ce moment où nous pourrions nous dire : « Ça y est. Maintenant, je suis suffisamment bien ».
Cela peut se manifester par :
- du perfectionnisme ;
- une tendance à beaucoup s’investir ou à en faire / donner trop ;
- une difficulté à se reposer sans culpabilité ;
- une peur d’être « découverte » comme n’étant pas à la hauteur ;
- un besoin de plaire, d’être validée par l’environnement.
Ce ne sont pas des défauts de caractère, mais des stratégies développées pour préserver quelque chose d’essentiel : le lien, l’appartenance, la sécurité.
Une croyance engrammée dans le corps
Une croyance comme « je ne suis pas assez » n’existe pas seulement dans nos pensées. Elle vit aussi dans le corps, dans la posture et les schémas de tensions. Dans ma pratique, j’observe chez beaucoup de personnes et en particulier de femmes, la tendance à se tenir légèrement courbée, épaules rentrées comme pour littéralement ne pas prendre trop de place. Une posture ou le devant du corps et en particulier visage et bras sont projetés en avant en est un autre exemple, en plus évidemment de la crispation musculaire liée au trop faire.
Le corps peut rester organisé autour d’une forme de mobilisation permanente : faire plus, anticiper davantage, éviter l’erreur, rester performante. Enfin, chez certaines personnes, cette mobilisation prend aussi la forme d’un besoin de contrôle et d’hypervigilance.
La régulation du système nerveux : une porte d’entrée, pas toute l’histoire
Lorsque l’on travaille avec le corps, apprendre à réguler son système nerveux peut être une première étape importante. Se reconnecter aux sensations permet de remarquer :
Quand est-ce que je me contracte ?
À quel endroit est-ce que je me mets en tension pour être parfaite ?
Dans quel(s) domaine de ma vie, circonstances ou environnement je cherche constamment à faire mes preuves ?
Cette conscience corporelle ouvre un espace. Un espace où nous pouvons observer nos automatismes au lieu d’être complètement pris dedans. Mais la transformation profonde ne consiste pas seulement à apprendre à se calmer. Elle vient aussi lorsque nous commençons à questionner la croyance elle-même. Est-ce que je dois réellement prouver ma valeur ? Dois-je vraiment être différente pour être digne d’amour ou d’appartenance ?
Cette stratégie qui m’a peut-être protégée autrefois est encore nécessaire aujourd’hui ?
Ce qui a été appris peut aussi évoluer
La croyance « je ne suis pas assez » n’est pas une vérité sur votre valeur. C’est un schéma. Une manière dont votre système a appris à chercher la sécurité, le lien ou l’appartenance. Et ce qui a été appris peut évoluer. Pas en se répétant simplement des affirmations positives mais à travers une nouvelle rencontre avec soi-même. Une rencontre où le corps peut progressivement expérimenter qu’il n’a plus besoin de lutter autant pour avoir sa place.

