Surcharge émotionnelle : quand le corps a trop longtemps contenu
Avez-vous avez parfois l’impression d’être surchargée émotionnellement ? Comme si un événement de plus, une demande de plus ou une contrariété supplémentaire risquait de faire déborder quelque chose ?
Ou peut-être vivez-vous quelque chose de plus déroutant : vous tenez très bien sur le moment face à un stress ou une contrariété… puis, quelques heures plus tard, vous vous effondrez en larmes sans vraiment comprendre pourquoi.
On associe souvent surcharge émotionnelle à des réactions visibles : une crise, une explosion, un effondrement.
Pourtant, elle peut se manifester de manière beaucoup plus discrète. Elle n’est pas le signe que vous êtes « trop sensible » ou incapable de gérer vos émotions. Elle peut simplement indiquer que votre corps a porté, contenu et maintenu beaucoup de choses… pendant longtemps.
Qu’est-ce que la surcharge émotionnelle ?
La surcharge émotionnelle apparaît lorsque les ressources dont nous disposons pour faire face aux événements sont dépassées par ce que nous avons eu à traverser.
Cela ne signifie pas forcément qu’il s’est passé quelque chose d’extraordinaire ou de spectaculaire.
Parfois, c’est l’accumulation : les responsabilités quotidiennes, les inquiétudes répétées, les émotions mises de côté parce qu’il fallait continuer à avancer , des situations dans lesquelles il n’y avait pas vraiment d’espace pour ressentir ce qui se passait…
Alors, on tient, on avance, on s’adapte. Jusqu’au moment où le corps indique qu’il n’a plus autant de capacité disponible.
La surcharge émotionnelle ne ressemble pas toujours à un débordement
Nous imaginons souvent qu’être en surcharge émotionnelle signifie perdre le contrôle (pleurer beaucoup, ne plus réussir à fonctionner,…) mais souvent, c’est plus subtil.
Certaines personnes continuent à gérer leur quotidien, à travailler, à prendre soin des autres… tout en portant une tension intérieure importante. La surcharge peut alors se manifester par des réactions qui semblent incohérentes :
- se sentir incapable d’avancer sur quelque chose qui est pourtant bon pour soi ;
- ressentir un blocage sans comprendre d’où il vient ;
- tenir pendant une période difficile, puis s’effondrer une fois que tout est terminé ;
- ressentir un immense soulagement lorsqu’une décision est enfin prise, même si cette décision était douloureuse.
Quand les émotions ressortent après coup
Une expérience fréquente de la surcharge émotionnelle est ce décalage entre le moment où quelque chose se passe… et le moment où l’émotion apparaît. Sur le coup, on fonctionne, on fait ce qu’il faut, on reste efficace.
Puis, plus tard, parfois dans un moment où tout semble enfin calme, les émotions arrivent. Des larmes. Une grande fatigue. Une sensation d’être dépassée.
Cela peut sembler étrange, et on peut se demander : Pourquoi est-ce que je craque maintenant alors que le plus difficile est passé ?
En réalité, le corps attend souvent un moment où il se sent suffisamment en sécurité pour laisser émerger ce qui a été reteu.
La surcharge émotionnelle se vit aussi dans le corps
La surcharge émotionnelle n’est pas uniquement une expérience mentale. Elle se manifeste aussi physiquement :
- fatigue persistante ;
- tension diffuse ou localisée dans le corps ;
- difficulté à vraiment se poser ;
- sensation d’être constamment sollicitée ;
- irritabilité ;
- difficultés à se relâcher ou à se concentrer…
Lorsque les émotions n’ont pas eu suffisamment d’espace pour être ressenties, accueillies et traversées, le corps peut continuer à les porter. Ce n’est pas qu’il « stocke » littéralement les émotions.Mais il conserve des traces de mobilisation : des tensions, des habitudes de protection, et des états d’alerte associés à une exposition prolongée au stress chronique.
Pourquoi le corps continue-t-il à contenir ?
Lorsque nous traversons des périodes difficiles, nous faisons souvent ce qui est nécessaire pour continuer. Parfois, nous mettons certaines émotions de côté. Nous repoussons nos besoins. Nous nous adaptons.
Et parfois, c’est exactement ce qui nous permet d’avancer. Le problème n’est pas d’avoir contenu.
Le problème apparaît lorsqu’il n’y a jamais de fenêtre d’expression de décharge, ou que ce mode de fonctionnement devient permanent, alors que la situation qui nécessitait cette adaptation est terminée.
La surcharge émotionnelle n’est pas un manque de maturité
Si vous vous reconnaissez dans cette expérience, cela ne signifie pas que vous gérez mal vos émotions, que vous êtes faible, trop sensible ou incapable de faire face. Très souvent, la surcharge émotionnelle raconte plutôt l’inverse : elle raconte une capacité à tenir, à s’adapter, à continuer malgré ce qui était difficile.
La question n’est donc peut-être pas : « Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à gérer ? », mais plutôt « Qu’est-ce qui, en moi, a eu besoin d’être retenu pendant si longtemps ? »
Comment retrouver un espace pour ressentir ses émotions ?
En effet, la régulation émotionnelle ne consiste pas à apprendre à ne plus ressentir. Elle ne consiste pas non plus à rester calme en permanence. Il s’agit plutôt de retrouver la capacité d’être en lien avec ce qui se passe en soi, avec davantage de sécurité et de choix. Ce mouvement s’inscrit dans un apprentissage plus large de la régulation du système nerveux.
