mars 2026

Femme assise chez elle, attentive à son environnement, évoquant une difficulté à se relâcher

Pourquoi je n’arrive pas à me détendre alors que tout va bien ?

Pourquoi je n’arrive pas à me détendre alors que tout va bien ? Vous rentrez chez vous après une journée ordinaire. Rien de particulièrement difficile ne s’est passé. Et pourtant, impossible de relâcher les épaules. Le moindre bruit vous fait sursauter. Vous relisez plusieurs fois le message que vous venez d’envoyer. Puis vous repensez à cette remarque faite un peu plus tôt dans la journée : « Est-ce que j’aurais dû dire ça autrement ? ». À l’extérieur, tout semble aller à peu près bien. À l’intérieur, en revanche, votre corps reste sur le qui-vive, comme s’il fallait continuer à être prêt. Beaucoup de personnes en concluent qu’elles sont « de nature anxieuse » ou qu’elles réfléchissent trop. Pourtant, ces réactions peuvent raconter autre chose : un système nerveux en état d’alerte, même lorsque le danger ou la difficulté ne sont plus présents. Les signes d’un système nerveux en état d’alerte Un état d’alerte ne ressemble pas forcément à une crise d’angoisse ou à un stress spectaculaire. Il peut être beaucoup plus discret, presque banal. Par exemple : vous sursautez facilement au moindre bruit inattendu ; vous vous sentez fatigué·e, même après une bonne nuit de sommeil ; vous avez du mal à vraiment relâcher en fin de journée ; vous anticipez systématiquement les scénarios B, C, D ou E ; vous relisez plusieurs fois un texto avant de l’envoyer… et parfois même après ; vous repensez longtemps à une conversation en vous demandant si vous avez bien fait de dire telle ou telle chose. Pris séparément, chacun de ces comportements peut sembler anodin. Cependant, lorsqu’ils se répètent, ils peuvent être les différentes expressions d’un même état : celui d’un système nerveux qui continue de fonctionner comme s’il devait rester vigilant. Pourquoi le système nerveux reste-t-il en état d’alerte ? Notre système nerveux a une fonction essentielle : nous protéger. Lorsqu’il a traversé des périodes où l’imprévu, les tensions, l’insécurité ou les conflits étaient fréquents, il peut apprendre qu’il vaut mieux rester prêt. Il anticipe ce qui pourrait arriver, cherche à éviter les erreurs et surveille le moindre signe de danger. Ce fonctionnement a souvent eu une véritable utilité à un moment de notre vie. Il ne s’est donc pas installé « par hasard » ou parce que nous serions trop sensibles. Le problème, c’est qu’une fois cette stratégie bien ancrée, le corps ne reçoit pas automatiquement le message que les circonstances ont changé et qu’il peut relâcher la vigilance maintenant.  Comment cet état d’alerte se manifeste-t-il dans le corps ? Cette vigilance prolongée ne se manifeste pas seulement dans les pensées ou les comportements. Elle peut également affecter différentes fonctions du corps ou se traduire dans des tensions chroniques que vous ne remarquez même plus. J’observe ces manifestations chez plusieurs personnes que j’accompagne (la liste n’est bien sûr par exhaustive) : la sensation de « nœud » à l’estomac ; parfois des troubles digestifs ; une mâchoire serrée, en particulier la nuit ; les poings serrés pendant le sommeil. Ces sensations ne signifient pas nécessairement que la situation vécue actuellement présente un danger ou une menace pour la personne. Elles peuvent néanmoins indiquer que le corps continue de mobiliser ses ressources comme s’il devait encore se protéger. L’état d’alerte n’est pas un trait de caractère On entend souvent des phrases comme : « Je suis quelqu’un de stressé. », « C’est dans ma nature. », « Je suis comme ça. » Pourtant, ce que j’observe souvent dans mon travail, c’est que ces réactions relèvent moins de la personnalité que de la manière dont le système nerveux a appris à assurer la sécurité. Autrement dit, votre corps ne cherche pas à vous compliquer la vie. Il essaie simplement de faire son travail, parfois avec un réglage d’alerte devenu plus élevé que nécessaire. Comprendre cela change souvent le regard que l’on porte sur soi. Ainsi, on peut plus facilement passer de la culpabilité, du jugement ou de la honte, à de la curiosité ou à l’auto-compassion. Aider son corps à retrouver davantage de sécurité Lorsqu’on découvre ce fonctionnement, une première réaction consiste souvent à chercher comment se détendre. Bien sûr, certaines pratiques peuvent apporter un soulagement. Toutefois, la question est peut-être ailleurs. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à se calmer. Il s’agit surtout d’aider progressivement le corps à faire une nouvelle expérience : celle que le présent est différent de ce qu’il a connu auparavant. C’est notamment tout le travail des approches somatiques. Elles ne cherchent pas uniquement à convaincre le mental que tout va bien. Elles s’adressent directement au système nerveux, afin de créer peu à peu davantage de sécurité, de souplesse et de capacité à revenir à l’équilibre après une période de stress. C’est ce que l’on appelle la régulation du système nerveux. Ce que l’on recherche n’est donc pas un état de détente permanent. Il s’agit plutôt de retrouver une plus grande liberté de répondre à ce qui se passe, sans rester bloqué·e dans l’alerte. Now is different from then Au lieu de se reprocher de ne pas réussir à relâcher alors que « tout va bien », vous pourriez essayer de déplacer légèrement la question. Au lieu de vous demander : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » Vous pourriez vous demander : « Qu’est-ce qui aiderait mon corps à comprendre que maintenant est différent d’autrefois ? »    

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Femme allongée, le corps en tension et le regard évoquant le contrôle et l'hypervigilance

Besoin de tout contrôler : ce que votre corps essaie de protéger

Ce que le corps essaie de faire quand on “sur-contrôle” On confond souvent l’hyper-contrôle (ou le fameux « control freak ») avec un trait de personnalité : rigidité, perfectionnisme, sens de l’organisation… Le problème avec cette lecture, c’est qu’elle ne dit rien de l’essentiel c’est-à-dire pourquoi ce besoin de contrôler est là. Le besoin de contrôler n’est pas toujours une volonté de tout maîtriser : il peut être une manière, pour le corps et le système nerveux, d’anticiper ce qui pourrait arriver et de se sentir un peu moins vulnérable. Autrement dit, le contrôle ou sur-contrôle peut être compris comme une conséquence de l’hypervigilance et une forme d’état d’alerte du système nerveux. Contrôle et hypervigilance : qu’est-ce qui cherche à être protégé ? Une cliente me disait récemment : “Je deviens dure avec mes enfants. Je me crispe sur des détails. Je n’arrive pas à lâcher.”  Son corps portait les signes de cette tension : mâchoire serrée, poings tendus, hypersensibilité au bruit… Elle s’en jugeait énormément et s’en voulait de ne pas être une « bonne mère ». Derrière la rigidité, il y avait une anxiété ancienne. Et derrière l’anxiété, une colère — et un chagrin, la mort de sa mère, survenue à un moment charnière : la naissance de son deuxième enfant. Il y avait eu de la joie… et un deuil. Un nouveau départ… et une perte.  Trop. Trop vite. En même temps. Donc il n’y avait pas le temps de digérer tout ça. Et surtout, il n’y avait aucune prise. Quelque chose s’est figé à cet endroit-là. Quand le contrôle devient une stratégie de protection Cette histoire est une histoire particulière mais le mécanisme, lui, est courant : le sur-contrôle apparaît souvent après un « trop ». Ce n’est pas toujours un grand traumatisme identifiable. Parfois, c’est une période longue où il fallait gérer, encaisser, ne pas flancher — sans avoir vraiment le choix. Le corps conserve la mémoire de ces périodes où il y a eu trop, trop vite, ou trop longtemps sans possibilité de choix… et cherche ensuite à prévenir de telles menaces. C’est un peu comme s’il disait : “Je contrôle parce que ne pas contrôler m’a déjà fait trop mal.” Quand l’hypervigilance transforme l’organisation en rigidité Alors il s’organise, anticipe, verrouille. Les horaires, les routines, les repas, la maison, le moindre détail : pas pour “être parfaite”… mais pour se sentir un peu moins vulnérable. La nuance est fine entre être organisée et être rigide. L’organisation est structurante. La rigidité apparaît quand le système ne tolère plus l’imprévu : un changement de plan, une contrariété, un grain de sable. Parce que pour lui, ce n’est pas un grain de sable : c’est un risque. Et c’est là que la crispation apparaît. Pourquoi lâcher le contrôle ne marche pas face à l’hypervigilance Dans ces cas, on s’entend dire qu’on devrait lâcher-prise. Mais décider de « lâcher-prise » ne marche pas parce que ce n’est pas une question de volonté. Etant donné que le sur-contrôle est souvent une stratégie de protection, si on la retire brutalement, le système entre en panique. Alors, une piste pourrait être, non  pas d’ »arrêter de contrôler” mais d’observer ce qui se passe quand on relâche sur 2%. Sur un détail sans enjeu vital. Laver les cheveux de son enfant une fois au lieu de deux par semaine. Reporter l’aspirateur au lendemain. Accepter qu’un repas ne soit pas aussi sain que prévu. Et remarquer ce qui se passe dans le corps quand on fait ces petits changements : est-ce qu’il y une sensation d’agacement, de crispation, de panique ? Est-ce que ça s’apaise après coup ? C’est de cette manière que l’on peut faire doucement comprendre au système nerveux que tout va bien, même si tout n’est pas « comme il faut ». Ce chemin s’inscrit bien entendu dans un apprentissage plus large, celui de la régulation du système nerveux.    

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