Majda Fahim

Femme attentive à son corps et aux symptômes physiques de l'anxiété

Comment l’anxiété se manifeste dans le corps

Comment l’anxiété se manifeste dans le corps On a souvent tendance à réduire l’anxiété à un état mental : des pensées qui tournent en boucle, des inquiétudes pour le futur, des ruminations. Pourtant, les symptômes physiques de l’anxiété sont bien réels et, pour beaucoup d’entre nous, l’anxiété se vit d’abord dans la chair. Un ventre soudainement noué, une mâchoire serrée au réveil ou une fatigue écrasante, sans pour autant être conscient d’être « inquiet », cela vous parle ? C’est une expérience fréquente, car, de la tête aux pieds, presque chaque système du corps peut être affecté par l’anxiété. Pourquoi l’anxiété provoque-t-elle des symptômes physiques ? Les effets physiques de l’anxiété sont directement liés à l’activation de la réponse sympathique, plus connue sous le nom de « combat ou fuite » (fight or flight). Face à un facteur de stress, le corps passe en mode « protection ». Ne faisant pas la différence entre une menace physique immédiate (une lion dans la savane) et un stress moderne (un email urgent, une pression sociale, une insécurité financière), il se prépare biologiquement à faire face au danger, même si ce danger n’est pas immédiat ou matériel. Voici 5 zones où cette activation se manifeste le plus fréquemment. Les 5 principaux symptômes physiques de l’anxiété 1. Le ventre et la digestion : le « deuxième cerveau » Lorsque le système sympathique s’active pour gérer une urgence, la digestion n’est plus une priorité pour le corps car l’urgence est alors d’envoyer du sang et de l’énergie vers le coeur et les membres. La digestion ralentit donc ou se met totalement en pause. Ce que vous pouvez ressentir : Une sensation de « nœud » à l’estomac. De la constipation ou, à l’inverse, de la diarrhée. Des nausées ou un inconfort abdominal diffus. 2. Le visage, la tête et la gorge C’est souvent une zone où la tension s’accumule sans que l’on s’en rende compte. Avez-vous déjà remarqué que vos dents se touchent alors que vous êtes au repos ? Ce que vous pouvez ressentir : La mâchoire qui se serre, parfois la nuit, causant des grincements. Des tensions dans la gorge (notamment la fameuse sensation de « boule dans la gorge »). Une posture qui change : la tête projetée vers l’avant, la nuque qui se raidit. 3. Le cœur et le rythme cardiaque C’est le signe le plus classique de la réponse « fuite ou combat ». Le corps a besoin d’envoyer plus de sang et d’oxygène vers les grands groupes musculaires pour vous préparer à courir ou à vous défendre. Ce que vous pouvez ressentir : Des palpitations. Un rythme cardiaque qui s’accélère soudainement, même au repos. Une impression de souffle court. 4. Les muscles et les douleurs diffuses Tenir le corps en état d’alerte trop longtemps demande une énergie considérable. Les muscles restent « prêts à l’action », contractés, sans jamais avoir l’occasion de décharger cette énergie (puisque nous ne fuyons pas réellement en courant face à un email stressant). Ce que vous pouvez ressentir : Une rigidité corporelle. Des douleurs chroniques ou des tensions persistantes (dos, épaules). Paradoxalement, une sensation de faiblesse musculaire. 5. Le sommeil et la concentration C’est un cercle vicieux : un niveau élevé d’hormones de stress (dont le cortisol) et un état d’hypervigilance empêchent le système nerveux de basculer vers le repos nécessaire au sommeil. Ce que vous pouvez ressentir : Des difficultés à l’endormissement ou des réveils nocturnes. Un « brouillard mental » (brain fog) et des difficultés de concentration durant la journée. Une fatigue intense qui augmente à son tour votre sensibilité au stress. Les symptômes physiques de l’anxiété sont aussi des signaux de protection Il est crucial de comprendre ceci : on peut ressentir des manifestations physiques d’anxiété sans se savoir « anxieux·se » dans sa tête. Le corps a son propre langage et il réagit parfois avant que l’information n’arrive à notre conscience. Surtout, ces signes ne sont pas des défauts. Ce ne sont pas des problèmes à « corriger » ou à « faire taire » à tout prix, mais des signaux de protection. Votre corps fait exactement ce pour quoi il a été programmé : il tente de vous garder en sécurité face à ce qu’il perçoit comme une menace. Au lieu de lutter contre ces sensations, je vous invite à vous poser cette question la prochaine fois que vous ressentez une tension : « De quoi mon système nerveux essaie-t-il de me protéger, là, maintenant ? » En accueillant ces sensations avec curiosité plutôt qu’avec jugement, vous faites le premier pas vers la régulation de votre système nerveux. Lorsque ces manifestations deviennent envahissantes, persistantes ou difficiles à traverser seule, un accompagnement en thérapie somatique peut aider à mieux comprendre les réponses de votre corps et à retrouver progressivement davantage de sécurité, de souplesse et de choix.

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Posture de yoga restoratif simple évoquant la régulation du système nerveux et le calme

Régulation et calme : une confusion fréquente

Être régulé.e ou être calme : une confusion fréquente  Après une séance de yoga restorative, une élève me confie qu’elle a eu du mal “à se relâcher” et à trouver le calme. Je pouvais entendre dans son partage la crainte « Peut-être que je n’ai pas bien fait ». Quand je lui réponds que c’est justement intéressant d’observer ce qui a du mal à se poser, elle me rétorque : « Mais le but c’est d’être calme, non ? ». Cette confusion entre régulation du système nerveux et calme est très fréquente, elle mérite donc d’être éclaircie. Régulation du système nerveux et calme : ce qu’on cherche vraiment en yoga et en somatique Non, dans un travail somatique (ou même en yoga), le but n’est pas d’« être calme ». Le but, c’est la régulation. C’est-à-dire : la capacité à rester en lien avec ce qu’on ressent et à s’ajuster à ce que la vie demande… en gardant de l’espace intérieur et du choix. Dans mon travail, je reviens souvent à cette nuance : la régulation, ce n’est pas “ne plus rien ressentir”. C’est pouvoir sentir et pouvoir rester « en relation avec » –  plutôt qu’être absorbé par ce que l’on ressent.  Souvent cela suppose d’être conscient, de respirer, de bouger avec ce qui est là pour le traverser, puis revenir. Pourquoi confond-on régulation du système nerveux et calme ? L’industrie du bien-être nous a vendu une chimère. On nous a fait croire que si on pratique assez de yoga, si on médite tous les jours, si on “travaille assez sur soi”, alors on atteindrait un état de zen. Dans ce calme, on imagine souvent qu’il n’y a plus de tensions, plus d’émotions « inconfortables », plus de pensées en boucle… Une sorte de hauteur où les choses ne nous atteignent plus. Or, on peut se demander si ce “calme” auquel on nous enjoint ne relève pas davantage d’ une forme de coupure (déconnexion ou dissociation),  que d’une vraie présence. Le risque : chercher le calme comme une forme de suppression Tous les jours dans ma pratique, je vois des femmes qui s’excusent : de leur intensité, de leur colère, de leurs larmes, de prendre trop de place ou de déranger avec leurs émotions. Des femmes à qui on a dit qu’il fallait être calmes — et à qui on propose des techniques pour cela. Or certaines pratiques dites « de régulation » deviennent en réalité des pratiques de suppression (des émotions, ressentis, pensées…). Régulation ou suppression : comment faire la différence ? La régulation, ça ressemble plutôt à : Je peux sentir ce qui est là sans me faire happer J’ai plus d’espace / de souffle / d’appui L’émotion monte, circule… puis redescend La suppression, elle, ressemble plutôt à : Je me force à être zen ou à ignorer ce que je ressens pour rester « concentrée » (une idée répandue chez les yogi.ni.s) Je me juge quand “je n’y arrive pas”) Je deviens distante, absente, désintéressée Le problème de cette dernière approche est que ce qui nous est inconfortable n’en disparaît pas pour autant. Ces pensées pénibles, émotions inconfortables, sensations douloureuses… -quand elles ne sont pas « processées » ou « digérées » – s’accumulent dans nos corps sous la forme de tensions. Régulation du système nerveux : une question de flexibilité, pas d’état idéal La vraie régulation, ce n’est pas de rester dans un seul état idéal — en l’occurrence le calme. C’est une question de flexibilité entre différents états internes, en réponse à ce que la vie exige de nous. Quand on parle de régulation, on fait référence aux différents états du système nerveux : sympathique (combat ou fuite / fight or flight) parasympathique ventral vagal (rest & digest) et le freeze / shutdown (immobilisation, coupure) La culture du bien-être, en voulant parfois nous amener au calme à tout prix, nous conduit en réalité à des formes de “shutdown”. Au lieu d’être dans une réelle présence apaisée, on finit par se couper de ce qu’on ressent, parce que cela va trop vite, parce qu’on n’a pas le temps d’être au contact de ce qui a besoin d’être processé. Par ailleurs, il serait irréaliste — et pas même souhaitable — de vouloir être dans un état de calme tout le temps. Notre système nerveux n’a pas été conçu pour ça, mais pour nous permettre de nous adapter à des circonstances changeantes. Si ça remue en début de séance, ce n’est pas un échec Et si les tensions et les émotions qui surgissent quand vous entrez dans un cours de yoga ou de méditation n’étaient pas un signe que vous êtes « agitée »… …mais votre corps qui essaie de vous dire qu’il cherche ses points d’appui après une journée éprouvante ? Et si cette tension dans les épaules vous murmurait : « comment je peux déposer mes poids ». Et si ces larmes qui coulent n’étaient pas un signe de faiblesse, mais un passage — du mode hypervigilant vers la possibilité de se déposer un peu, en compagnie d’autres personnes (et d’autres systèmes nerveux), en se sentant vue et soutenue. La question n’est pas : “Pourquoi je n’arrive pas à être calme ?”  C’est plutôt : “De quoi mon corps a besoin, là, maintenant, pour pouvoir se déposer un peu ? »    

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